Jean-Pierre Huser : solide comme le roc(k) !

Par Jips, le 8 mars 2005 :: Chroniques

Expression souvent utilisée pour définir Jean-Pierre Huser mais qui vient irrésistiblement aux lèvres devant son impressionnante stature (1 m 82). Ce gaillard originaire du pays d’En-haut a le parler franc et direct… Pas vraiment le genre à faire des chichis.

Le rock dans la peau et une poésie rude dans l’âme, il forme le premier groupe jazz-rock de langue française vers 1970 (Total Issue), puis sort son premier album (« Chiotte ») en 1972. Avec sa voix un peu rauque, un peu écorchée, il vient nous chanter une humanité chaleureuse, la montagne qu’il aime tellement et cette paix intérieure que l’on trouve au bord du lac des cieux.

L’auteur de « La rivière » a plus d’une bonne chanson dans son sac et elles donnent leur pleine mesure en concert à une ou deux guitares. 2005, année faste, verra la parution d’un album enregistré en public selon cette formule magique ainsi que celle d’une copieuse compilation de plus de 50 chansons. De quoi mettre en miroir les arrangements des chansons : dépouillés sur scène, étoffés en studio, mais toujours pleins de finesses.

A l’heure où règnent sur la chanson francophone les braillards formatés et autres « paniers percés » qui se prennent pour des divas, où la vacuité et l’insignifiance tiennent lieu de culture, l’amigo Huser fait partie des irréductibles résistants au nivellement par le bas. Avec lui, on s’envole au-dessus de la « merdiocrité » ambiante et ça fait un bien fou. Merci JPH !

Voici quelques mots de l’artiste – extraits d’un entretien effectué en 1983 avec votre serviteur, Eric Daguin et Annette Unser – qui témoignent de sa sensibilité et de son authenticité.

Jean-Pierre Huser en concert à Genève, 1984 (Photo : Jips)

Jean-Pierre Huser en concert à Genève, 1984 (Photo : Jips)

Débuts

« J’ai travaillé pendant toute mon enfance. J’ai d’abord fait de la peinture en bâtiment, c’était le métier de mon père, et j’allais faire le bûcheron en même temps parce que j’avais un grand-père qui travaillait dans la forêt. Je suis allé en Angleterre et j’ai fait là tous les métiers qu’un artiste peut faire, j’ai été videur, balayeur, gardien pour un bijoutier. J’ai été impliqué dans des histoires bizarres desquelles je me suis toujours sorti parce que je suis quelqu’un d’honnête. »

« J’ose prétendre être honnête parce que je recherche l’honnêteté, je ne dis pas que je le suis tout le temps, mais je recherche ce niveau d’expérience. J’ai ensuite été modèle dans une école des beaux-arts où je suivais des cours en même temps. J’ai appris à moins travailler et j’ai pu faire moniteur de ski après avoir obtenu ma patente. J’ai enseigné le dessin et j’ai fait des tas d’autres métiers. »

« A l’école, I’instituteur me disait : « Il n’y a pas que la chanson, le ski et la gym qui comptent dans la vie ! », car je ne travaillais que cela. Je chantais « Le petit chevrier », les chansons de l’Abbé Bovet… J’ai toujours aimé l’expression du chant. En faisant de la peinture en bâtiment, je chantais, mais c’est après mon expérience londonienne où j’ai réellement gagné ma vie avec la chanson, en chantant du Brassens, du Gainsbourg, que c’est devenu important. En arrivant à Paris, j’ai connu Gainsbourg qui m’a fait rentrer chez Philips lors d’un concours de chansons, « Les relais de la chanson française ». »

« J’avais un atelier pour la peinture du côté de la place d’ltalie, la maison de disque était juste à côté et j’étais de temps en temps à l’atelier, de temps en temps à la maison de disques, mais je ne savais pas être le chanteur en habit de chanteur. Les gens ne me prenaient pas au sérieux, car j’avais le costume du peintre. Il y a toute une espèce de « look » qu’il faut avoir. Je comprends cela mais ce n’est pas ce qui me convient le mieux. »

Ecrire

« Il y avait des chanteurs que j’aimais beaucoup et je me suis dit : « Ils écrivent des chansons, pourquoi pas moi ? ». Alors, j’ai essayé. J’ai rempli des cahiers entiers, j’écrivais des textes un petit peu comme ça, comme des couleurs. J’avais plutôt des complexes vis-à-vis des littéraires et des gens très cultivés, car j’avais une autre façon d’exprimer les images. Je pense que je me suis toujours exprimé d’une manière libre. Un jour on m’a dit : « Vous vous droguez pour chanter ? »… Ce sont les images et surtout les images dans leur dynamique, placées dans un espace donné, qui m’ont fait vibrer d’abord. Un peu comme ton cerveau et tes nerfs qui vibrent devant les choses avant de leur mettre un nom dessus. »

« Imagine-toi quelqu’un qui n’a jamais vu de vaches et qui en voit une pour la première fois de sa vie, il dit : « C’est une vache ». Puis il en voit une deuxième et il dit : « Ah, mais c’est bizarre ce qu’elle peut ressembler à celle que je viens de voir ». Le rock c’est ça : c’est un son populaire et dans ce troupeau de choses, il y a quelques bergers qui ont des choses à dire, des gens comme Dylan, par exemple. »

« A l’époque, il n’y avait pas de gens qui essayaient de faire du rock ici. Le rock est une musique physique, ça correspondait à ce que j’attendais dans la peinture. Surtout dans le clair-obscur où l’âme vient se confondre avec l’objet dont le sens et l’anecdote disparaissent pour ne laisser qu’une forme lumineuse dans l’espace. Tout comme l’écorchure de la voix dans les mots et la musique. »

« Cette voix qui doit se confondre dans l’improvisation du thème et donner toutes les libertés possibles. Et ceci dans la projection de la musique et du chant. « L’art de faire et de défaire » devient le catalyseur même de l’œuvre chantée. Dylan a été l’un des premiers à faire ça. Je me suis certainement inspiré de lui, mais d’une manière inconsciente. Je trouve d’ailleurs stupide cette comparaison qui se faisait à l’époque. Cela vient de gens qui ne connaissent pas vraiment ce type de musique. C’est comme un gars qui fait une samba et un autre qui fait une autre samba et quelqu’un dit : « Mais ça se ressemble, qu’est-ce que ça veut dire ? ». La vie est faite d’emprunts, on peut s’inspirer des gens, mais on ne peut pas les copier. II faut réinvestir son inspiration. »

Jean-Pierre Huser en concert à Genève, 1984 (Photo : Jips)

Jean-Pierre Huser en concert à Genève, 1984 (Photo : Jips)

Origines

« Je suis originaire du Pays d’En-haut. On n’a pas une façon supranationale de parler ici, on est nombrilique, et malgré ce côté, on peut dire des choses d’attitude, par essence, je dirai presque des choses de l’esprit. »

« Je suis né dans la terre, mes premiers fantasmes, c’était sous les arbres, mes premiers jouets, c’était la neige. J’ai eu la chance de vivre dans un lieu naturel et tout ce qui est frime me hérisse tout de suite. »

Pour en savoir plus

Le site internet de Jean-Pierre Huser : www.moulindamour.com

Discographie documentée de J.-P. Huser : http://www.musikafrance.com/new/pages/artiste.php? id_artist=289

Enfin, une lecture plus conséquente avec le numéro de novembre 2004 du Chant laboureur qui lui consacre un cahier spécial de 24 pages (dont 19 pages d’entretien !) sous une couverture originale dessinée par JPH. La revue coûte 5.- CHF et peut être commandé par e-mail – info@lechantlaboureur.ch – ou par courrier à l’adresse suivante : Le Chant laboureur – Wabernstrasse 73 – CH-3007 Bern (Suisse)

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